Archive for February, 2009

Êtes-vous un bon perdant?

Sunday, February 15th, 2009

Bonjour chers lecteurs,
Je suis ravie de vous retrouver pour cette nouvelle édition de l’infolettre mensuelle! Comment allez-vous? J’allais écrire «J’espère que vous passez un bel hiver», mais, avec les nombreux abonnés qui résident dans des pays chauds ou dans l’hémisphère sud, je vais me contenter de «j’espère que vous allez bien»! ;-)

De mon côté, je suis exaltée, emballée, enchantée… et, honnêtement, légèrement fatiguée. Je ne peux le garder sous silence: un gros projet personnel vient de se réaliser, c’est-à-dire l’achat de ma nouvelle maison! Comme le disait mon prof de naturopathie, à l’époque, «un excès d’émotions positives est aussi exigeant pour notre système qu’un excès d’émotions négatives». Yes, Monsieur!

Je pourrais écrire longtemps sur les différentes étapes qui ont mené à ce changement (totalement imprévu)… Mais une chose qui m’a particulièrement fascinée, dans toute cette histoire, c’est de découvrir une maison qui synthétisait exactement tous les ingrédients de ma maison de rêve, sans même que je l’aie vraiment rêvée. Je l’avais rêvée en pièces détachées, en fait… Mais j’étais, justement, très détachée. J’adorais l’endroit où j’habitais, et je pensais continuer à y faire mon nid. Mais après six ans ici, j’ai ouvert la porte et j’ai trouvé ce beau gros colis…

Avec le recul, je réalise que les moments où j’ai eu les plus belles surprises dans ma vie ne sont pas ceux où je désirais très fort ce que je voulais. Non, c’était ceux où j’étais déjà comblée, relax, ouverte à ce qui se présentait. Vous aussi, peut-être? C’est intéressant de faire des liens, de voir l’état d’esprit dans lequel on était juste avant que les choses viennent à nous ou que nos projets se concrétisent. Ainsi, on apprend de nous-même, on apprend de notre propre vie. On prend conscience de nos «conditions gagnantes» – tant sur le plan de nos actions que sur le plan de nos pensées et de nos émotions. Ensuite, on peut bien sûr s’en inspirer et les cultiver abondamment.

Sur ce, allons-y avec l’article du mois, dans lequel il est question d’être un «bon perdant». Eh oui, un cours de tricot et une maille ratée m’ont rappelé qu’apprendre à perdre était aussi important qu’apprendre à gagner…

Curieux? Je vous invite à me suivre…

Bonne lecture!

Une leçon de tricot


Balle de laine Il y a exactement trois mois, douze jours et huit heures, j’ai commencé à suivre des cours de tricot. N’étant pas, disons-le, particulièrement zen, je me suis dit que m’adonner à une activité manuelle et répétitive m’aiderait à décrocher et à ralentir le rythme parfois fou de mes pensées. Du même coup, avec mes foulards et mes chaussons de bébé tricotés à la main, j’allais devenir la mamie prématurée la plus branchée du quartier!

Comme il se doit, les cours avaient lieu dans un sous-sol mal éclairé. La tisane était servie avec, tradition oblige, les plus juteux potins qui soient (je vous annonce en exclusivité qu’une certaine Julie, sur la rue Je-ne-sais-plus-trop-quoi, pense changer sa fille d’école). Je débarquais vraiment sur une nouvelle planète; non seulement je ne connaissais pas ladite Julie, mais c’est à peine si j’avais vu une balle de laine au cours de ma vie. Quoi qu’il en soit, j’étais fière de mes nouvelles aiguilles à tricot en bambou et j’étais déterminée à apprendre rapidement les rudiments de mon futur passe-temps. Aussi, je quittais très prochainement le Québec pour un bon bout de temps, et je comptais pondre ma première écharpe pendant mon périple…

Professeur Céline, plus douce et féminine qu’une patch d’œstrogène, m’a donc patiemment transmis la version 101 de son cours. Maille à l’endroit, maille à l’envers… Hmm, pas de quoi s’énerver le poil des orteils, finalement! J’apprenais la base rapidement et je me voyais déjà devenir son élève-vedette, avec mon étoile et l’empreinte de mes mains dans le pavé uni de son entrée. C’est donc en toute allégresse que j’ai commencé mon écharpe (une jolie façon de dire «mon rectangle beige»), et c’est avec un enthousiasme équivalent que j’ai emmené mon kit de tricot avec moi en voyage. Le soleil brillait et les oiseaux chantaient. Jusqu’à ce que…

La maille fatidique
Avant mon départ, Céline m’avait initiée à la «science de la maille» de A à Z – ou plutôt de A à B, car je n’en connaissais que deux types. Les techniques étaient ultra-simples, j’avais eu amplement le temps de les pratiquer, et j’avais même un guide que je pouvais consulter si, ô malheur, je perdais la twist. Ce n’est donc pas un oubli ou le manque de connaissance qui a été ma perte… Non, le moment où j’ai frappé un mur est celui où un «glissement accidentel d’aiguille» a transformé ma maille à l’envers en maille bâtarde non identifiée. Je n’avais aucune idée de l’erreur que j’avais commise et je savais encore moins comment y remédier… Et puisque je ne pouvais tolérer un trou dans ma future plus belle écharpe beige du monde, j’ai tout recommencé après des heures de travail appliqué.

La véritable erreur…
L’erreur que j’ai faite en ce jour fatidique n’avait rien à voir avec mon «glissement d’aiguilles». En fait, la véritable maladresse n’avait même pas été commise ce jour-là, mais bien avant. Voyez-vous, j’étais tellement emballée par les kilomètres d’écharpes que j’allais réaliser que je ne pensais qu’à avancer… Je n’ai jamais eu l’idée d’apprendre à rater mon coup et à continuer! Effectivement, pas une seule fois je n’avais demandé à ma professeur de m’expliquer comment remédier aux nombreuses erreurs avec lesquelles je devrais, ma foi, très certainement composer. Évidemment, je n’avais donc aucune aptitude pour réparer les dégâts et continuer. En rétrospective, j’aurais presque dû lui en parler avant même d’apprendre à tricoter…

J’aurais pu maîtriser 100 variétés de mailles différentes, connaître leur nom latin, avoir les meilleures laines de Nouvelle-Zélande, du temps à volonté et une meneuse de claque pour m’encourager… Mais tout aurait quand même été gâché, et ce, dès la première erreur que ma chance de débutante ne m’aurait pas permis de réparer. Je devais apprendre à perdre pour, ultimement, apprendre à gagner…

Apprendre à perdre?
Au cours des dernières années, je me suis intéressée à l’histoire de plusieurs individus comme Martha Stewart et Richard Branson, qui sont partis souvent de rien et qui ont bâti de bien grandes choses. L’intensité avec laquelle ces entrepreneurs s’investissent dans leur succès, avec audace, sagesse et créativité, est inspirante. Cela dit, c’est la façon dont ils composent avec leurs «mailles bâtardes non identifiées» qui m’impressionne le plus, lorsque je prends connaissance de leur cheminement. Personne n’a réussi quoi que ce soit du premier coup et certains ont même perdu tout ce qu’ils avaient avant d’atteindre leur sommet. Chacun d’entre eux a fait face à un échec monumental et a décidé de continuer à un moment où une personne «sensée» aurait arrêté. Ils ne tricotent pas mieux que quiconque; ils refusent simplement de mettre leur écharpe de côté lorsque la laine s’emmêle ou lorsqu’ils manquent de dextérité.

Vous êtes peut-être à une maille ou deux du but que vous souhaitez atteindre. Le hic, c’est qu’il est possible que la maille en question soit une mauvaise nouvelle ou une déception. Et si vous décidiez de continuer? Il est assuré que vous aurez plusieurs occasions de renoncer à ce qui vous fait rêver, mais il n’y a aucune «zone protégée». Même le fameux sommet, qui nous semble si lisse et parfait, est rempli de mailles ratées.

Ce que je vous propose, aujourd’hui, est donc de devenir un bon perdant: un perdant qui accepte de réparer ses mailles ratées encore et encore, et qui décide de rester passionné.

Vous verrez… Vous serez épaté par la délicieuse vie que vous aurez tricotée.

Marie-Pier
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